l’intempestive

« être fort assez » : la sorcellerie dans le bocage

29 septembre 2011 _série territoires


entretien avec Jeanne Favret-Saada
_28.09.11 _00:59:44
_mp3 (82 Mo) _help !
_licence & rediffusion


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Materdolorosa, par Aloïse en 1922« Or moi, j’étais justement à la place de l’indigène, agitée par les sentiments, perceptions et pensées de qui occupe une place dans le système sorcellaire. Si je prétends qu’il faut accepter de les occuper plutôt que de s’imaginer y être, c’est pour la raison simple que ce qui s’y passe est littéralement inimaginable, en tous cas pour un ethnographe, habitué à travailler sur les représentations. » [1] : à la fin des années 1960 et dans les années 1970, Jeanne Favret-Saada se rend dans le bocage mayennais pour y étudier les pratiques de sorcellerie ; elle se place à l’écoute des silences, des gestes, des récits ; elle prend le risque de se laisser atteindre ; et elle y cueille non seulement une compréhension entièrement neuve de la sorcellerie et de la vie dans le bocage, mais aussi un apprentissage « pour sa vie » - avec Yeter, nous sommes allées la rencontrer
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on parle de la démarche de Jeanne Favret-Saada en tant qu’ethnologue, à rebours des usages en vigueur ; on parle du discours méprisant des élites (Eglise, médecine, psychiatrie, école...) sur la paysannerie et sur les pratiques de sorcellerie ; on parle de tout ce qu’il s’agit de réapprendre lorsqu’on s’extrait de son milieu social ; on parle de la parole du peuple ; on parle de la nécessité de se « laisser affecter » par ce qui arrive et de prendre place sur le terrain ; on parle de la sorcellerie comme d’une broderie par Jeanne Tripier entre 1935 et 1939manière d’exprimer ce qui ne peut pas l’être autrement ; on parle de la place des femmes dans ce système sorcellaire, de leur puissance et de leur esclavage ; on parle du désorcèlement comme thérapie et apprentissage de sa propre force
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les intermèdes chamaniques qui parsèment l’entretien sont extraits d’une performance-concert de Ghedalia Tazartès en 2011
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les images sur cette page, respectivement d’Aloïse (dessin), Jeanne Tripier (broderie) et Paul Amar (coquillages peints), proviennent de la collection de l’art brut de Lausanne
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émission diffusée le mercredi 28 septembre 2011 à 20h, rediff le samedi 1er octobre à 1h, sur Radio Galère (88.4 MHz à Marseille), sur Canal Sud (92.2 MHz à Toulouse) le 28 décembre, sur Radio G (101.5 MHz à Angers) le 20 septembre 2012, sur Radio Bartas (107 MHz en Sud Lozère) les 2 et 5 novembre 2014, et en libre écoute et téléchargement sur cette page
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biographie _de Jeanne Favret-Saada

Corps pour corps, enquête sur la sorcellerie dans le Bocage _son journal de terrain, retravaillé avec Josée Contreras (Gallimard, 1981)

Les Mots, la mort, les sorts _essai à partir des observations faites sur le terrain, description et analyse des pratiques de sorcellerie (Gallimard, 1977)

Désorceler _essai davantage orienté sur l’analyse du désorcèlement comme thérapie (l’Olivier, 2009)

La Planète des singes, par Paul Amar en 2000« Ah ! La féline, la sale voisine... » _article de Jeanne Favret-Saada et Josée Contreras dans la revue Terrains en 1990

« glissements de terrains » _entretien avec Jeanne Favret-Saada dans la revue Vacarme en 2004

et ses articles _dans la même revue, autour des questions religieuses

archives de l’émission À voix nue _avec Jeanne Favret-Saada sur son travail dans le bocage

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notes

[1Jeanne Favret-Saada, Désorceler, l’Olivier, 2009


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